Sociologie|Economie - Economie libanaise
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Redressement financier du Liban : s’éloigner de la liste grise
Le Liban fait face à une crise économique et à une méfiance généralisée envers le système bancaire, réussissant de justesse à éviter la liste grise du GAFI. Les conséquences potentielles incluent des perturbations financières et un préjudice à la réputation du pays, soulignant l’urgence de réformes législatives pour lutter efficacement contre la criminalité financière.
Le Liban traverse actuellement une crise économique profonde, qui a non seulement exacerbé l’instabilité politique et les conflits régionaux, mais a aussi érodé la confiance dans la gouvernance du pays. En 2022, la Banque mondiale estimait que l’économie essentiellement basée sur le cash représentait près de 10 milliards de dollars, soit plus de 45 % du PIB libanais (Produit Intérieur Brut, la valeur finale des biens et services produits dans les frontières géographiques d’un pays sur une période donnée, généralement un an). Cette tendance risque de se maintenir, voire de s’intensifier, à mesure que la population perd confiance dans le système bancaire. La prévalence des transactions en espèces crée naturellement des opportunités pour les acteurs criminels, notamment le blanchiment d’argent et la dissimulation des produits de transactions illégales.
Méfiance envers les institutions financières
Le mécontentement public croissant cible le secteur bancaire, de plus en plus critiqué en raison des contrôles de capitaux imposés par les institutions financières, empêchant de nombreux citoyens d’accéder à leurs économies. Le Liban a obtenu un score de 24 sur 100 dans le dernier Corruption Perceptions Index (CPI) de Transparency International, où un score faible reflète une perception élevée de corruption dans le secteur public.
La confiance en déclin dans le système bancaire a conduit à une dépendance accrue au cash dans l’économie libanaise. Face à cette instabilité, des entités financières non traditionnelles, comme les sociétés de transfert d’argent, ont tenté de combler le vide laissé par les banques. Cependant, beaucoup opèrent sans régulation adéquate. Selon Al Jazeera, environ 50 à 60 % du PIB libanais circulerait dans le secteur informel, non régulé. Cette économie parallèle inclut des activités illicites difficiles à contrôler et menace l’efficacité des politiques fiscales et monétaires.
Crise du cash : vulnérabilité du Liban face à la criminalité financière
Avec la dépendance croissante au cash, l’économie libanaise devient plus exposée aux crimes financiers. Le risque de blanchiment d’argent augmente, les transactions en espèces permettant de dissimuler des biens acquis de manière illicite. Cette prévalence du cash menace également les progrès réalisés avant la crise pour renforcer l’intégrité financière du Liban et mettre en œuvre des mesures contre les crimes financiers.
La crise bancaire a perturbé les transactions et entraîné la rupture de liens avec plusieurs banques correspondantes. Les réformes exigées par le FMI ont été peu appliquées, et l’ancien gouverneur de la Banque du Liban fait face à des accusations de fraude financière en France, avec un avis rouge d’Interpol émis à son encontre.
FATF : le Liban échappe de justesse à la liste grise
Contrairement aux attentes, le Liban a réussi à éviter la liste grise du GAFI (Financial Action Task Force), l’autorité internationale de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, lors de sa session plénière de juin 2023. Toutefois, le pays l’a échappé d’un seul point, ce qui indique qu’il reste sous surveillance étroite en raison de mesures jugées insuffisantes.
Le GAFI a accordé au Liban une année de grâce pour mettre en œuvre les réformes nécessaires dans les systèmes financiers, monétaires et bancaires avant de réévaluer la possibilité de l’inscrire sur la liste grise. L’évaluation a identifié des lacunes spécifiques, notamment dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la transparence de la propriété bénéficiaire et la capacité du pays à fournir une assistance juridique mutuelle pour le gel et la confiscation des actifs. Ces domaines ont été jugés partiellement conformes.
En 2024, le Liban devra soumettre un rapport de progrès à MENAFATF (Middle East and North Africa Financial Action Task Force), détaillant les mesures prises pour corriger ces lacunes. Avec la crise économique persistante et le passage à une économie basée sur le cash, le Liban est confronté à la tâche cruciale de réformer son cadre législatif et réglementaire pour lutter efficacement contre les crimes financiers et éviter d’être inscrit sur la liste grise lors des prochaines réunions du GAFI.
Les risques d’une inscription sur la liste grise
L’inscription sur la liste grise peut avoir des conséquences majeures sur le système financier d’un pays, comme le souligne un rapport du FMI de 2021 :
Perturbation des flux de capitaux : les banques pourraient rompre des relations avec des clients de pays à risque élevé pour réduire leurs coûts de conformité.
Atteinte à la réputation : la liste grise peut nuire à la crédibilité du pays auprès des investisseurs et partenaires étrangers.
Impact sur la notation de crédit : une notation abaissée augmente le coût de l’emprunt pour le gouvernement et les entreprises sur les marchés internationaux.
Accès limité au financement mondial : les pays inscrits peuvent rencontrer des difficultés à obtenir des prêts ou investissements étrangers
Hausse des coûts de transaction : les entreprises et particuliers peuvent faire face à des coûts accrus pour les opérations financières internationales.
Un point critique que le Liban doit résoudre concerne les procédures judiciaires lentes pour traiter les personnes suspectées de blanchiment d’argent identifiées par la commission d’enquête spéciale.
En résumé, l’inscription sur la liste grise par des instances internationales comme le GAFI peut avoir des conséquences multiples et négatives sur le système financier libanais, affectant flux de capitaux, réputation, solvabilité, accès aux financements mondiaux et coûts des transactions.