Sciences de la Terre - Gestion des ressources
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Décrypter l’énigme des inondations au Liban : climat, urbanisation et variables cachées
Le Liban, réputé pour la diversité de ses paysages et son climat méditerranéen, est confronté à un problème récurrent : les inondations routières. Ce phénomène perturbe le quotidien, met en danger la sécurité des citoyens et pèse lourdement sur l’économie. Pour y faire face, il est essentiel d’en comprendre les causes, allant de la topographie et du climat à l’urbanisation rapide.
Le Liban, pays aux paysages variés et à l’âme méditerranéenne vibrante, fait face à un adversaire récurrent : les inondations routières. Ce phénomène persistant perturbe le quotidien, représente un danger majeur pour la sécurité publique et engendre des coûts économiques considérables. Comprendre ses causes profondes et y répondre à travers une approche d’ingénierie rigoureuse est devenu indispensable pour préserver l’avenir du pays.
Décrypter le labyrinthe des causes
Si la topographie et l’augmentation des précipitations liée au changement climatique jouent un rôle indéniable, le cœur du problème se situe principalement en milieu urbain. Beyrouth, métropole dense et fortement urbanisée, en est l’exemple le plus frappant. Plusieurs facteurs majeurs expliquent sa vulnérabilité accrue aux inondations :
Artères obstruées : la sédimentation du fleuve de Beyrouth
Les déchets de construction et des années d’accumulation de sédiments agissent comme un véritable étranglement du cours d’eau. Ils ralentissent l’écoulement et provoquent des débordements lors de fortes pluies. Un dragage régulier est essentiel pour restaurer la capacité hydraulique du fleuve.
Surfaces imperméables : une faible perméabilité des sols
L’urbanisation remplace les sols naturels par du béton et de l’asphalte, empêchant l’infiltration de l’eau et augmentant le ruissellement de surface. Une végétalisation stratégique, à l’aide de plantes à forte demande en eau, peut améliorer la perméabilité des sols et réduire les volumes de ruissellement.
Infrastructures obsolètes : des réseaux de drainage inadaptés
Les systèmes de drainage existants n’ont souvent pas été conçus pour supporter l’intensité et le volume des précipitations actuelles. L’application de méthodes de dimensionnement hydraulique, comme la méthode rationnelle, est indispensable pour garantir des capacités d’évacuation suffisantes.
Image Google Earth montrant la sédimentation du fleuve de Beyrouth, principalement due aux débris de construction dans la région de Massanih–Mkallès.
Au-delà de la surface : plongée au cœur du fleuve de Beyrouth
Une analyse plus fine révèle des problématiques spécifiques au fleuve lui-même :
Un chenal trop étroit, incapable de contenir les débits lors d’épisodes pluvieux intenses ;
Un volume d’eau excessif, résultant de la combinaison des eaux fluviales et du ruissellement urbain ;
Un effet de remous, causé par des obstacles ou des modifications hydrauliques près de l’embouchure, qui entrave l’écoulement ;
Une sédimentation massive, accumulée sur plusieurs années, réduisant considérablement la capacité du lit ;
Une végétation dense à l’embouchure, freinant l’écoulement et aggravant les inondations locales ;
Un manque d’entretien chronique, qui accentue l’ensemble de ces phénomènes.
Image Google Earth montrant une zone routière précédemment inondée, mise en évidence en bleu foncé.
Ingénierie des solutions : tracer la voie à suivre
Fort de ce diagnostic, plusieurs solutions ciblées peuvent être mises en œuvre :
Dégager les blocages : le dragage régulier
Le dragage du fleuve de Beyrouth, en particulier près de son embouchure, est une mesure clé. Les matériaux extraits peuvent être traités et réutilisés dans des projets de construction, ce qui en fait une solution à la fois efficace et économiquement viable.
Rendre au sol son rôle d’éponge : améliorer la perméabilité
La plantation stratégique d’arbres et d’arbustes notamment des espèces riveraines ou indigènes permet d’augmenter l’infiltration de l’eau, de réduire le ruissellement et d’apporter des bénéfices écologiques et esthétiques. Une planification rigoureuse est toutefois nécessaire pour éviter des effets indésirables, comme la prolifération de moustiques en période de sécheresse.
Faire respecter la loi : lutter contre la sédimentation
L’application stricte de réglementations environnementales, accompagnée de sanctions pour les chantiers déversant des sédiments dans le fleuve, est essentielle pour préserver la santé du cours d’eau.
Canaux de décharge : une solution de secours
Dans les zones les plus exposées, la construction de murs renforcés servant de canaux de débordement à l’image des trop-pleins de piscines peut offrir un soulagement temporaire. Cette option reste toutefois plus coûteuse que les autres.
Photo prise depuis Jisr el Watti, montrant l’effondrement du mur de soutènement.
Construire un avenir résilient
À mesure que le Liban réfléchit à l’avenir de son urbanisme, la notion de résilience s’impose comme une priorité. Sans une amélioration significative de la planification urbaine et de l’entretien des infrastructures vitales, des solutions extrêmes — circuler en bateau ou en véhicules tout-terrain lors des pluies, voire restreindre certaines activités — pourraient devenir la norme.
La lutte contre les inondations routières nécessite une mobilisation collective. Ingénieurs, urbanistes, experts environnementaux et citoyens doivent unir leurs efforts pour développer des solutions durables, fondées sur la recherche, les données et un suivi continu.
Investir dans des solutions d’ingénierie efficaces ne vise pas seulement à réduire les risques d’inondation, mais à bâtir un Liban plus sûr et plus vivable. En adoptant des approches innovantes et adaptées à son contexte environnemental unique, le pays peut espérer un avenir où les infrastructures routières seront enfin résilientes, robustes et au service de leurs communautés.