Langues et littérature - Francophonie scientifique
Langues et littérature - Francophonie scientifique
À Beyrouth, la science reprend la parole en français
À Beyrouth, l’Université d’été de la Francophonie Scientifique réunit une nouvelle génération de chercheurs venus des quatre coins du monde pour défendre la diversité linguistique en science. Portée par l’AUF, l’initiative fait du français un levier de recherche, de partage et d’ouverture dans un paysage académique dominé par l’anglais.
Après une première édition couronnée de succès à Rabat en 2024, l’Université d’été de la Francophonie Scientifique (UDEF) revient en 2025 avec un choix hautement symbolique : Beyrouth. Dans un monde académique dominé par l’anglais, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) fait le pari audacieux de défendre la diversité linguistique comme moteur de la recherche scientifique. Et c’est au Liban, carrefour historique des cultures et des savoirs, que cette ambition prend corps.
Publier en français, un enjeu scientifique et culturel
L’objectif de l’UDEF est clair : créer une communauté internationale de jeunes chercheuses et chercheurs capables de produire, penser et diffuser la science en français. Une démarche qui ne s’oppose pas à l’anglais, mais qui refuse son monopole.
Pour Slim Khalbous, recteur de l’AUF, l’enjeu dépasse largement la question linguistique : « Le problème n'est pas la langue anglaise. Le problème, c’est qu’une langue est porteuse d’une culture et d’une vision du monde. Quand 94 % des publications scientifiques se font dans une seule langue, cela pose problème. »
Derrière les chiffres, c’est toute une diversité de regards, de contextes et de priorités scientifiques qui risque de s’effacer.
Crédits : Edward SFEIR
Une sélection exigeante, une ambition internationale
Pour cette édition 2025, plus de 4 000 doctorants issus de plus de 40 pays ont candidaté. Seuls 13 ont été sélectionnés. Pendant plusieurs semaines, ils bénéficient d’ateliers intensifs, de mentorat et d’un accompagnement spécifique autour de la rédaction scientifique en français.
Les thématiques abordées sont à l’image de la francophonie : multiples et ancrées dans les réalités locales. Changement climatique en Afrique, économie au Maghreb, agriculture en Afrique de l’Ouest ou médecine dentaire en Asie du Sud-Est. Autant de sujets qui rappellent que la science ne se fait jamais hors-sol.
Écrire dans la langue de sa pensée
Pour Aymen Ben Ouannes, doctorant tunisien en sciences économiques, publier en français relève d’une évidence intellectuelle :
« Je n’ai pas l’obligation de publier en français, mais on est encouragé à le faire. Je viens d’un pays francophone, on est plus à l’aise avec le français qu’avec l’anglais. Écrire en français, c’est beaucoup plus facile pour moi. »
Un constat partagé par de nombreux participants, pour qui la langue maternelle ou académique permet une expression plus fine et plus rigoureuse de la pensée scientifique.
Pr. Karl AKIKI
Crédits : Edward SFEIR
La francophonie comme espace de partage
Au-delà de la langue, l’Université d’été se veut un espace de rencontre et de circulation des idées. Moret Burnier S. Adikpeto, doctorant à l’Université nationale d’agriculture du Bénin, souligne la richesse humaine du programme : « Il y a plusieurs pays, plusieurs cultures. Nous sommes en train de faire une véritable intégration, en partageant ce qui se passe dans nos universités et nos pays. » Cette diversité nourrit les échanges et ouvre de nouvelles perspectives de collaboration scientifique à l’échelle francophone.
Beyrouth, un choix hautement symbolique
Le choix de Beyrouth n’est pas anodin. Il incarne un soutien clair au Liban et à ses institutions académiques, malgré les crises. Karl Akiki, directeur du pôle publication de l’Académie internationale de la Francophonie scientifique, insiste sur cette dimension : « Le fait que cette université d’été se tienne à Beyrouth est très symbolique. Cela marque le soutien que l’AUF accorde au Liban. Les chercheurs viennent des quatre coins de la francophonie. »
Deux journées de rencontres réunissent ainsi jeunes chercheurs, experts internationaux et représentants institutionnels autour de la publication scientifique, de la gouvernance de la recherche et de la vulgarisation.
Pr. Slim KHALBOUS
Crédits : Edward SFEIR
Une opportunité pour toute une génération
Pour Ha-Thu Nguyen, doctorante vietnamienne en odontologie pédiatrique, l’UDEF représente une chance unique : « Ce programme me donne beaucoup de connaissances et d’opportunités de publier ma recherche en français. C’est une très bonne chance pour moi, et c’est pour cela que je suis venue. »
Son témoignage illustre l’ambition profonde de l’initiative : rendre la science plus accessible, plus inclusive et plus représentative des réalités du monde.
Une science plurielle, ouverte et ancrée
Avec l’Université d’été de la Francophonie Scientifique, la langue française retrouve sa place dans les laboratoires, les publications et les débats d’idées. Portée par des institutions engagées et une nouvelle génération de chercheurs, cette francophonie scientifique ne regarde pas vers le passé. Elle construit un avenir où la diversité linguistique devient une richesse cognitive.
Dans un univers académique globalisé, le défi est immense. Mais à Beyrouth, l’UDEF envoie un message clair : la science gagne à être plurielle, enracinée dans les territoires, et ouverte sur le monde.