Langues et littérature - Francophonie scientifique
Langues et littérature - Francophonie scientifique
La francophonie scientifique de l’USJ entre dans une nouvelle dimension
Avec le lancement de USJ Open Commons, l’Université Saint-Joseph de Beyrouth amorce un tournant décisif dans la diffusion de sa production scientifique. Hébergée sur la plateforme internationale Digital Commons, cette vitrine inédite offre à ses revues, laboratoires et chercheurs une visibilité mondiale, déjà mesurable en quelques mois. Entre stratégie francophone assumée, quête d’indexation dans Scopus et relance ambitieuse de la recherche, l’USJ ouvre une nouvelle ère où ses savoirs circulent désormais « du Liban vers le monde ».
C’est un petit lien URL, presque anodin : https://e-journals.usj.edu.lb/
Mais derrière cette adresse, une transformation profonde de la recherche libanaise est en marche. Un tournant décisif dans la manière dont l’Université Saint-Joseph de Beyrouth diffuse, valorise et projette sa recherche.
Hébergée sur Digital Commons, l’outil développé par Elsevier et utilisé dans près de 700 institutions dans le monde, la plateforme offre à l’USJ une vitrine internationale que l’université attendait depuis longtemps. Pour le Pr Richard Maroun, Vice-recteur à la Recherche, l’objectif est limpide : « renforcer la visibilité, la diffusion internationale et l’impact scientifique de nos publications ».
Il ajoute, avec une certaine fierté institutionnelle :
« Nous sommes une université francophone. Nous le restons, et nous encourageons nos chercheurs à publier en français. »
Cette identité francophone, loin d’être une barrière, devient ici une force stratégique.
Francophonie assumée, visibilité mondiale recherchée
Le Pr Maroun insiste sur un paradoxe qui structure une grande partie du paysage universitaire libanais. « Aujourd’hui, en sciences humaines et sociales, l’offre de revues indexées est très limitée. Pourtant, pour être reconnus par le ministère libanais de l’Enseignement supérieur, nos doctorants doivent publier deux articles dans des revues indexées. »
Cette contrainte administrative transforme la visibilité éditoriale en enjeu vital.
Pour l’USJ, l’ambition est claire : faire indexer toutes ses revues dans Scopus, notamment celles qui évoluent dans des champs traditionnellement moins visibles, comme Interactions, Proche-Orient chrétien, Tempora ou Sciences religieuses. « Ces revues méritent une visibilité internationale. Elles en sont encore privées. C’est ce que nous sommes en train de changer. »
Contrairement à une idée largement répandue, l’anglais n’est pas un passage obligé. « Pour être indexé dans Scopus, il n’est pas obligatoire de publier en anglais. Les articles peuvent être en français ou en arabe. Ce qui est indispensable, c’est d’avoir le titre, le résumé, les mots-clés et les normes en anglais. Digital Commons nous permet de respecter ces standards sans renoncer à notre identité. »
Une carte montrant les téléchargements des articles publiés dans les revues de l'USJ à travers le monde
Un site vivant, interactif et déjà très consulté
Dès la page d’accueil, USJ Open Commons dévoile un univers dynamique : articles récents, revue du jour, publications les plus téléchargées, interface claire, design épuré. Une carte interactive affiche en temps réel les pays et villes où les articles sont consultés. On y voit s’allumer, à toute heure du jour, des points depuis le Brésil, l’Inde, Singapour, la Turquie, les États-Unis ou l’Algérie.
« Depuis le lancement, nous avons déjà enregistré 33 000 téléchargements depuis 80 pays », souligne le Pr Maroun, chiffres à l’appui dans son tableau de bord. « Même les revues les plus spécialisées bénéficient de cette exposition. Prenez Al-Kīmiyā : près de 900 téléchargements depuis mai, principalement depuis l’Asie et l’Amérique. Une visibilité que nous n’avions jamais eue. »
Ce tableau de bord, accessible aux équipes scientifiques, devient un outil stratégique : il révèle les articles les plus lus, les pays les plus actifs, les passerelles qui mènent les lecteurs au site de Google Scholar jusqu’aux plateformes académiques internationales.
Trois revues déjà en ligne : les premières pierres d’un édifice plus vaste
Dans cette première phase, trois revues ont déjà migré vers la plateforme.
La revue Regards, publiée par l’IESAV, explore le cinéma, le théâtre, les arts visuels et les médias. Son dernier numéro consacré au crime à l’écran dans le monde arabe témoigne de la richesse de son approche. On y trouve, par exemple, des analyses sur « The Tragic Outlaw Hero in Modern Egyptian Fiction » ou sur « Le fait divers et sa contextualisation entre l’effacement et l’accentuation ».
La revue Al-Kīmiyā, de la Faculté de langues et de traduction, accueille des contributions multilingues en linguistique, traduction, terminologie ou communication interculturelle. Son dernier numéro propose des articles allant des représentations linguistiques dans Le Piano oriental au discours universitaire façonné par les logiques néolibérales.
Enfin, The International Arab Journal of Dentistry, publiée par la Faculté de médecine dentaire, s’inscrit dans le champ biomédical et publie en anglais et en français. On y retrouve notamment des travaux sur les effets des gouttières occlusales sur la posture ou sur les prothèses dentaires imprimées en 3D.
Pour le Pr Maroun, ces trois revues ne sont qu’un début. « Regards est en phase finale de préparation pour être soumise à Scopus, normalement en février 2026. Nous avançons progressivement, mais avec détermination. »
Chaque article devient une porte ouverte sur le monde
L’un des points centraux de cette transformation tient à la circulation des savoirs. « Chaque article publié sur USJ Open Commons devient automatiquement visible dans les réseaux internationaux. Il peut être consulté librement, téléchargé, cité. Et cela, immédiatement. La visibilité crée l’impact. L’impact crée les collaborations. »
Le scénario est simple : un chercheur vietnamien, brésilien ou turc tombe sur un article de l’USJ qui rejoint son champ de recherche. En quelques clics, il peut écrire à l’auteur, proposer une coopération, demander des données, envisager un projet commun. « C’est exactement ce que nous recherchons », confirme le Vice-recteur. « La visibilité crée le réseau. »
USJ Open Commons n’est pas seulement un portail de journaux. Il deviendra la plateforme de référence pour toutes les structures et productions de recherche de l’université. « Digital Commons nous permet d’héberger non seulement les revues, mais aussi les projets, les collections, les résultats, les publications de nos centres, laboratoires et observatoires. Notre objectif est d’offrir à chaque structure une vitrine mondiale. »
À terme, chaque unité pourra présenter ses chercheurs, ses axes de recherche, ses projets en cours, ses publications et son impact.
Recherche, financements, biotechnologies : une stratégie globale
La mise en place d’USJ Open Commons s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large à l’échelle de l’université. « Nous sommes en train de revenir au niveau que nous avions avant 2019 », explique le Pr Maroun. « Nous finançons à nouveau les projets, les publications open access, les doctorants, les jeunes chercheurs. Nous renouvelons progressivement nos équipements. »
Une cellule dédiée accompagne désormais les chercheurs pour accéder aux financements internationaux. Elle identifie les appels d’offres, aide à monter les dossiers et ouvre la porte à des équipements, des bourses postdoctorales ou des assistants de recherche.
Le Vice-rectorat planchait par ailleurs sur la création d'un bureau de transfert de technologie (TTO) destiné à transformer les résultats de recherche en innovations concrètes — startups, spin-offs, brevets. « Le projet est temporairement en pause », précise-t-il. « Nous avons choisi de nous aligner avec BioLink, une initiative nationale portée par la diaspora scientifique libanaise. »
Ce projet ambitieux réunit l’USJ, l’AUB et la LAU pour développer un pôle biotechnologique national. « François Nader, un diplômé de l’USJ et figure majeure de l’industrie pharmaceutique mondiale, est l’un des moteurs de ce projet. »
Pr. Richard MAROUN, vice recteur à la recherche de l'USJ
« Nous comptons sur vous » : un appel à la communauté scientifique
Avant de conclure, le Pr Maroun adresse un message à toute la communauté académique de l’USJ : « Nous invitons vivement nos enseignants et nos chercheurs à consulter, utiliser et valoriser ces revues sur USJ Open Commons. Cette plateforme deviendra progressivement l’espace de référence pour toutes les publications scientifiques de notre université. Nous comptons sur votre engagement pour en faire une vitrine dynamique et représentative de l’excellence de la recherche à l’USJ. »
USJ Open Commons n’est pas un site de plus. C’est un signal.
Un geste politique et scientifique.
Une stratégie assumée : défendre la francophonie, ouvrir l’accès au savoir, restaurer la production scientifique du pays, renouer avec l’excellence, attirer le monde vers la recherche libanaise.
Dans un Liban en quête de renouveau, l’Université Saint-Joseph affirme, avec force et clarté, que la science est l’un des chemins possibles et nécessaires vers le futur.