Environnement - Biocarburants
Environnement - Biocarburants
La jacinthe d'eau : nouvelle source de carburants
La gestion de la jacinthe d’eau sur les plans d’eau du Bénin demeure un défi à relever. Ainsi, dans le but de trouver d’autres sources d’énergie vertes qui contribuent à résoudre les problèmes relatifs au changement climatique, des experts béninois ont développé des techniques de production de biocarburant à base de jacinthe d’eau. 961 Scientia vous raconte tout.
Martine Yélian AWELE
De son nom scientifique, « Eichhornia crassipes », la jacinthe d’eau est une plante aquatique originaire de l’Amazonie, et répandue par l’homme par le biais de l’horticulture dans les régions tropicales. Plante envahissante, elle a été introduite dans plusieurs régions du monde pour ses vertus ornementales.
Malheureusement, la prolifération de la jacinthe d’eau dans les pays tropicaux et subtropicaux engendre de graves conséquences écologiques, économiques et sanitaires selon l’une des études menées par le réseau climat & développement, créé en 2007 (un réseau qui rassemble plus de 80 associations francophones, travaillant pour l'accès au développement et contre le changement climatique).
En effet, cette invasion de la jacinthe d’eau a des impacts négatifs sur la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes, la santé et les activités économiques des populations. Elle est également à la base de l’appauvrissement des eaux en phytoplanctons diminuant ainsi leurs chances de productivité. Ainsi, dans l’optique de trouver des solutions palliatives qui contribuent à la protection de l’environnement, SME FUNDS, une société scientifique basée au Nigéria a envisagé la production du gel éthanol, un biocarburant fabriqué à base jacinthe. Cette innovation scientifique promue par le Carbon Credit Network a été tout de même expérimentée au Bénin notamment par Josea Dossou-Bodjrènou, président de l'ONG Nature Tropicale (une organisation non gouvernementale béninoise active sur le terrain depuis 1995). « A travers elle, nous œuvrons pour la conservation de la biodiversité et par ricochet la protection de l’environnement », a-t-il expliqué lors d'une entrevue accordée à 961 Scientia.
Avantages de la technologie
Selon les études l’application de cette technologique notamment dans les zones humides infestées a plusieurs avantages dont la production d’énergie calorifique et de compost de façon totalement décentralisée, et le contrôle de la prolifération de la jacinthe d’eau. Josea Dossou-Bodjrènou ajoute quant à lui qu’il « s’agit d’une technique ingénieuse pour lutter contre les changements climatiques. C’est une noble initiative que nous avons découverte au Brésil et qui est aussi expérimentée au Nigeria. Et nous aussi, nous sommes dans la dynamique de mettre un dispositif de production en place ici au Bénin», fait-il savoir.
Pour le spécialiste, quand on parle de biocarburant à base de la jacinthe d’eau, il s’agit concrètement de ce qui est "naturel". Il clarifie : « on appelle carburant, une forme d'énergie qui permet de tourner des moteurs; et le "Bio" qui y est ajouté veut simplement signifier que le type de carburant dont il s’agit ici est "fait à partir des plantes naturelles" ; un peu comme le "Sodabi" (alcool en langue Fon au Bénin) qui provient du vin distillé. » Il poursuit en disant : « C’est la même chose aussi avec la jacinthe d'eau qui est une plante flottante dont l’alcool qui en est issu est utilisé pour faire du carburant qu’on appelle "biocarburant à base de jacinthe d’eau". Un produit qui s’emploie dans un réchaud adapté en vue de la cuisson des aliments.»
Biocarburant à base de la jacinthe d'eau et son réchaud
Sécurité et Facilité d'Utilisation
Ce biocarburant fait à base de la jacinthe d'eau présente plusieurs avantages. « Ce un gel, déclare l'expert, ne dégage point de fumée quand on met le feu ; et donc ne pollue guère l’environnement. Il dégage plutôt une lumière bleutée propre utilisée pour faire la cuisson des aliments dans une casserole ou une marmite. Il n’entraine aucune maladie comparativement au charbon de bois dont la fumée peut engendrer plusieurs maladies notamment respiratoires ». L'autre avantage a-t-il ajouté est qu'on peut l’utiliser partout même sur la table à manger sans courir de danger. « Cela voudra dire qu'il n'y pas de condition particulière à remplir avant d'allumer le réchaud. Même dans votre bureau, vous pouvez l'allumer pour faire par exemple du thé ou du café ou encore pour réchauffer quelque chose très rapidement. Tout le monde peut l'utiliser. Il facilite la cuisine aux femmes. Ce n'est pas un produit comme le gaz pour qu'on dise qu’il faut l’utiliser seulement à tel ou tel autre endroit. » Il complète fièrement ses propos en déclarant : « mes collaborateurs et moi avons toujours du gel dans notre voiture surtout lorsque nous voyageons afin de pouvoir réchauffer de la nourriture ou même en préparer. Avec ça, il y a très peu de risques d'explosion. Si nos femmes l’intègrent dans leur quotidien, je crois qu'on aurait lutté indirectement contre plusieurs maladies dues à la cuisine avec du charbon ou avec du bois. Aussi est-il que lorsque vous mettez le gel dans le réchaud et qu’il n'y a pas du vent qui perturbe le feu, vous avez sept minutes pour faire bouillir 1L d'eau alors qu’avec le réchaud à pétrole, il faut attendre pendant quinze bonnes minutes avant qu’elle ne soit bouillie, sans oublier les affres liées à la fumée. Au Nigeria tout comme au Brésil, le biogel remplace déjà le pétrole ou même le gaz. Il est sécurisé et ne crée point d'accident particulier. »
Par ailleurs, la technique de transformation de la jacinthe d’eau en biocarburant se fait en plusieurs étapes. La première étape est de voir comment ce qui est déjà produit dans d’autres pays est accepté au Bénin, la deuxième étape, procéder à l’évaluation du marché et rendre l'acceptabilité évidente à travers des études et documents appropriés. Ensuite il faut la disponibilité des matières premières. « Le Bénin étant encore à la phase de l'acceptabilité du produit, il nous faut mobiliser des fonds pour pouvoir acquérir une bonne quantité du produit auprès de notre partenaire (le Nigéria) en vue de sa promotion ; et cela reste notre grand défi. »
Les études explorant les résultats déjà obtenus a noté : « les valeurs moyennes enregistrées après un an d’expérimentation indiquent une production de 1440 litres de bio gaz pour 3,67 kg de matières sèche de jacinthe soit 392,37 litres/kg». Malheureusement cette technologie très avantageuse est encore peu développée en Afrique singulièrement au Béninois.
Les produits éthanol à base de hyacinthe d’eau