Environnement - Changement Climatique
Environnement - Changement Climatique
Informer les éleveurs, une urgence climatique
Alors que les effets du changement climatique bouleversent les équilibres écologiques du Sahel, la question de l’accès à une information climatique adaptée devient cruciale pour les éleveurs nomades. Depuis le Forum ClimSA & SEWA à Windhoek, Dodo Boureima, président du Réseau Billital Maroobé, alerte sur l’urgence de rendre ces données compréhensibles, utiles et accessibles aux pasteurs, véritables sentinelles de la mobilité dans la région.
À Windhoek en Namibie, où se poursuit le Forum ClimSA & SEWA, l’information climatique est au cœur des échanges. Parmi les participants, Dodo Boureima, président du Réseau Billital Maroobé (RBM), plaide pour une approche adaptée aux réalités pastorales du Sahel. Dans un entretien à bâtons rompus, il insiste sur l’urgence d’investir dans des outils d’alerte compréhensibles, accessibles et utiles pour les éleveurs nomades, particulièrement exposés aux effets du changement climatique.
« L’information climatique est cruciale pour toutes les communautés, mais surtout pour les éleveurs-pasteurs », affirme-t-il d’emblée. « Notre mode de vie repose sur la mobilité : il faut savoir où il a plu, anticiper les risques de maladies animales, éviter les zones de conflits. L’accès à ces informations peut sauver un troupeau, et donc un foyer. »
Mais si l’utilité ne fait aucun doute, l’accessibilité reste problématique. « Les rapports sont souvent rédigés en français ou en anglais, dans des formats trop techniques. Ce n’est pas utilisable pour nos communautés. »
Heureusement, des solutions émergent : « Au Niger, par exemple, on utilise WhatsApp pour diffuser des messages en langues locales. Nos organisations relaient les infos sur les campagnes de vaccination, l’état des pâturages, ou les couloirs de transhumance. C’est un début prometteur, mais il faut aller plus loin.»
Pour Bourema Doutou, l’enjeu central est l’adaptation des contenus. « Dire qu’il y a une bonne biomasse ne veut rien dire si on ne sait pas si les plantes sont comestibles pour le bétail. Il faut contextualiser, traduire et surtout livrer l’information à temps. Cela implique de renforcer la collaboration entre les services météo et les organisations d’éleveurs. Aujourd’hui, c’est encore trop faible. »
Face aux effets visibles du changement climatique raréfaction des pâturages, déplacements précoces des troupeaux, tarissement des points d’eau les tensions s’accroissent. « Les conflits avec les agriculteurs sont plus fréquents. Chacun défend les maigres ressources qu’il a. Et les terres pastorales sont de plus en plus accaparées par d’autres acteurs. »
Sans détour conclut-il : « Le pastoralisme ne peut plus avancer à l’aveuglette. Investir dans l’information climatique adaptée n’est plus un luxe. C’est une nécessité vitale pour la survie de millions de pasteurs et l’équilibre de tout un système agroécologique sahélien. »
Par Hector NAMMANGUE depuis Windhoek (Namibie) pour Vert-Togo