Environnement - COP 30
Environnement - COP 30
La conférence de Belém consolide des avancées politiques et techniques. Elle affirme le leadership brésilien et inaugure un véritable mutirão — un effort collectif mondial — contre le changement climatique.
Crédits : COP30
COP30 : à Bélem, une coopération climatique fragile mais encore vivante
Dix ans après l’Accord de Paris, la communauté internationale se retrouve au cœur de l’Amazonie pour la 30ᵉ Conférence des Parties (COP30). Entre espoirs et contradictions, ce sommet, organisé à Belém du 10 au 21 novembre, tente de ranimer une coopération climatique fragilisée. Mais derrière les discours, les tensions Nord-Sud et les paradoxes brésiliens rappellent à quel point la bataille du climat reste inachevée.
Dans la moiteur amazonienne, la planète a retenu son souffle. À Bélem, lors de la COP30, près de 200 pays sont parvenus à sauver l’essentiel : prouver que la coopération climatique internationale tient encore, malgré les guerres, les rivalités géopolitiques et l’absence très remarquée des États-Unis. L’accord final, fragile et minimaliste, n’a pas répondu aux attentes de l’Europe ni des pays les plus vulnérables. Mais il a évité l’implosion du processus de Paris. Dans l’Amazonie en feu, ce simple fait était déjà un message.
Un consensus modeste : pas de sortie des fossiles, mais une coopération préservée
Le Brésil espérait transformer sa COP « amazonienne » en symbole d’un renouveau du multilatéralisme. Résultat : pas de feuille de route pour sortir du pétrole, du gaz et du charbon, malgré la pression de plus de 80 pays. Le texte final n’évoque les énergies fossiles que de manière indirecte, en rappelant la décision de la COP28 de « transitionner loin » du carbone.
Pour Lula, « le multilatéralisme a gagné ». Pour l’Europe, c’est surtout un compromis faute de mieux : « Nous aurions préféré davantage », a admis le commissaire européen Wopke Hoekstra.
La résistance est venue des pays producteurs – Arabie saoudite, Inde, Russie – peu enclins à céder du terrain sur les hydrocarbures. Le match de Dubaï s’est rejoué à Bélem, avec le même résultat : aucune avancée structurelle sur les fossiles, malgré l’insistance de la Colombie, de plusieurs pays latino-américains et du bloc des États insulaires.
Crédits : COP30
Une victoire pour les pays vulnérables : tripler l’aide à l’adaptation d’ici 2035
Sous la pression des pays les plus pauvres, la COP30 a entériné une mesure cruciale : tripler les financements consacrés à l’adaptation climatique à l’horizon 2035.
Routes surélevées, bâtiments renforcés, agriculture mieux préparée : l’enjeu est vital pour 1,6 milliard de personnes.
Cette concession était la « ligne rouge » des pays les moins avancés, qui y voient une demi-victoire : le texte ne fixe aucun chiffre précis, et les montants resteront inclus dans l’enveloppe climatique globale, déjà insuffisante selon les observateurs.
Commerce et climat : une première dans les négociations
Sous l’impulsion de la Chine et de ses alliés, la COP30 introduit pour la première fois un dialogue formel sur les tensions commerciales liées à la transition.
Cette discussion de trois ans vise notamment les taxes carbone aux frontières un point de friction majeur entre économies émergentes et Union européenne.
Pour Pékin, il s’agit d’un « succès dans une situation très difficile ». Une manière d’élargir le champ climatique aux réalités géoéconomiques du XXIᵉ siècle.
Promesse tenue pour Lula : la COP a donné la parole aux peuples de l’Amazonie.
Manifestations autochtones, blocages, dialogue direct entre militants et négociateurs… Bélem s’est transformée en amphithéâtre vivant de la démocratie brésilienne.
La photo du président de la COP, André Corrêa do Lago, portant un bébé autochtone, a fait le tour du monde.
Mais cette immersion amazonienne a aussi révélé la fragilité logistique du sommet : incendie, fuites d’eau, interruptions de séance, climatisations en panne… Autant d’images symboliques d’une conférence sous tension, jusqu’à sa clôture chaotique sous un déluge tropical.
À Belém, la COP30 a réuni un large éventail de participants, dont des peuples autochtones, des jeunes, des experts, des représentants du secteur privé et des responsables gouvernementaux.
Crédits : Alex Ferro/COP30
Le bilan scientifique : l’échec du 1,5°C désormais acté
Au-delà des débats politiques, la COP30 a tranché un point essentiel : le monde ne tiendra pas l’objectif de 1,5°C.
Les onze dernières années ont été les plus chaudes jamais mesurées. Le dépassement est désormais inévitable.
Reste à savoir combien de temps le globe franchira cette limite quelques années, ou plusieurs décennies et si la coopération mondiale se montrera à la hauteur pour limiter les dégâts.
En marge des négociations, le Brésil a lancé un fonds novateur pour la protection des forêts, alimenté par plusieurs milliards de dollars.
Particularité : les capitaux seront investis sur les marchés financiers, et les rendements serviront à rémunérer les pays qui protègent effectivement leurs forêts.
Un mécanisme inédit, encore expérimental, mais potentiellement réplicable dans d’autres régions forestières.
Entre frustration et nécessité : une COP « imparfaite mais utile »
L’accord final a été qualifié d’« imparfait, mais nécessaire » par l’Alliance des petits États insulaires. L’Europe parle d’absence d’ambition. La Colombie dénonce un texte incapable de nommer les fossiles. Les ONG, elles, évoquent une « lueur d’espoir noyée dans la déception ».
Mais dans une année où les tensions mondiales auraient pu faire dérailler le processus, la COP30 offre au moins ceci : la preuve que le dialogue climatique mondial n’a pas disparu.
Et en Amazonie, en 2025, c’était déjà un résultat non négligeable.